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Ainsi, si vous leur dites: "La preuve que le petit prince a
existé c'est qu'il était ravissant, et qu'il voulait un mouton.
Quand on veut un mouton, c'est la preuve qu'on existe" elles hausseront les épaules et vous traiteront d'enfant! Mais si vous leur dites: "La planète d'où il venait est
l'astéroïde B 612" alors elles seront convaincues, et elles vous laisseront tranquille avec leurs
questions. Elles sont comme ça. Il ne faut pas leur en
vouloir. les enfants doivent être très indulgents envers les grandes
personnes. Mais, bien sûr, nous qui comprenons la vie, nous nous moquons bien des numéros! J'aurais aimé commencer cette histoire à la façon des contes de
fées. J'aurais aimé dire:"Il était une fois un petit prince qui habitait une planète à peine plus grande que lui, et qui avait besoin d'un
ami. . . " Pour ceux qui comprennent la vie, ça aurait eu l'air beaucoup plus
vrai. Car je n'aime pas qu'on lise mon livre à la légère, J'éprouve tant de chagrin à raconter ces
souvenirs. Il y a six ans déjà que mon ami s'en est allé avec son
mouton. Si j'essaie ici de le décrire, c'est afin de ne pas
l'oublier. C'est triste d'oublier un ami. Tout le monde n'a pas eu un
ami. Et je puis devenir comme les grandes personnes qui ne s'intéressent plus qu'aux
chiffres. C'est donc pour ça encore que j'ai acheté une boîte de couleurs et des
crayons. C'est dur de se remettre au dessin, à mon âge, quand on n'a jamais fait d'autres tentatives que celle d'un boa fermé et celle d'un boa ouvert, à l'âge de six ans! J'essayerais bien sûr, de faire des portraits le plus ressemblants
possible. Mais je ne suis pas tout à fait certain de réussir.
Un dessin va, et l'autre ne ressemble plus. Je me trompe un peu aussi sur la
taille. Ici le petit prince est trop grand. Là il est trop
petit. J'hésite aussi sur la couleur de son costume. Alors je tâtonne comme ci et comme ça, tant bien que
mal. Je me tromperai enfin sur certains détails plus importants.
Mais ça, il faudra me le pardonner. Mon ami ne donnait jamais
d'explications. Il me croyait peut-être semblable à lui.
Mais moi, malheureusement, je ne sais pas voir les moutons à travers les
caisses. Je suis peut-être un peu comme les grandes personnes.
J'ai dû vieillir.
CHAPITRE V
Chaque jour j'apprenais quelque chose sur la planète, sur le départ, sur le
voyage. Ca venait tout doucement, au hasard des réflexions.
C'est ainsi que, le troisième jour, je connus le drame des baobabs.
Cette fois-ci encore fut grâce au mouton, car brusquement le petit prince m'interrogea, comme pris d'un doute
grave:
-C'est bien vrai, n'est-ce pas, que les moutons mangent les
arbustes?
-Oui. C'est vrai.
-Ah! Je suis content. Je ne compris pas pourquoi il était si important que les moutons mangeassent les
arbustes. Mais le petit prince ajouta:-Par conséquent ils mangent aussi les baobabs?Je fis remarquer au petit prince que les baobabs ne sont pas des arbustes, mais des arbres grand comme des églises et que, si même il emportait avec lui tout un troupeau d'éléphants, ce troupeau ne viendrait pas à bout d'un seul
baobab. L'idée du troupeau d'éléphants fit rire le petit prince:
-Il faudrait les mettre les uns sur les autres. . .
Mais il remarqua avec sagesse:
-Les baobabs, avant de grandir, ça commence par être
petit.
-C'est exact! Mais pourquoi veux-tu que tes moutons mangent les petits
baobabs?
Il me répondit: "Ben! Voyons!"
comme il s'agissait là d'une évidence. Et il me fallut un grand effort d'intelligence pour comprendre à moi seul ce
problème.
Et en effet, sur la planète du petit prince, il y avait comme sur toutes les planètes, de bonnes herbes et de mauvaises
herbes. Par conséquent de bonnes graines de bonnes herbes et de mauvaises graines de mauvaises
herbes. Mais les graines sont invisibles. Elles dorment dans le
secret de la terre jusqu'à ce qu'il prenne fantaisie à l'une d'elles de se
réveiller. Alors elle s'étire, et pousse d'abord timidement vers le soleil une ravissante petite brindille de radis ou de rosier, on peut la laisser pousser comme elle
veut. Mais s'il s'agit d'une mauvaise plante, il faut arracher la plante aussitôt, dès qu'on a su la
reconnaître. Or il y avait des graines terribles sur la planète du petit
prince. . . c'étaient les graines de baobabs. le sol de la planète en était
infesté. Or un baobab, si l'on si prend trop tard, on ne peut jamais plus s'en
débarrasser. Il encombre toute la planète. Il la perfore de ses
racines. Et si la planète est trop petite, et si les baobabs sont trop nombreux, ils la font
éclater. "C'est une question de discipline, me disait plus tard le petit
prince. Quand on a terminé sa toilette du matin, il faut faire soigneusement la toilette de la
planète. Il faut s'astreindre
régulièrement à arracher les baobabs dès qu'on les distingue d'avec les rosiers auxquels ils se rassemblent beaucoup quand ils sont très
jeunes. C'est un travail très ennuyeux, mais très facile.
"
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